Cinquante ans de familles au Canada : 1961 à 2011

Introduction

Durant les 50 dernières années, soit entre les années de recensement de 1961 à 2011, d'importants changements économiques et sociaux sont survenus qui ont influencé l'évolution de la dynamique des familles au Canada.

Au début des années 60, période correspondant à la fin du baby-boom (1946 à 1965), bon nombre de personnes se mariaient relativement jeunes et avaient des familles nombreuses. Vers la fin des années 60, certains événements, tels que la légalisation de la pilule anticonceptionnelle, l'introduction du divorce sans notion de faute, ainsi que la participation accrue des femmes aux études postsecondaires et à la population active ont pu contribuer au report du moment de la formation des familles, à la plus petite taille des familles et à une diversité accrue des structures familiales.

Les concepts et les mesures utilisés dans le recensement ont changé au fil du temps afin de tenir compte de cette diversité (voir l'encadré 1).

Encadré 1 : Calendrier des changements conceptuels par année de recensement

1981 : Première année où des données sur les unions libres sont disponibles.

2001 : Les couples de même sexe vivant en union libre sont dénombrés pour la première fois.

Également en 2001, le concept de famille de recensement est élargi pour inclure :

  • les enfants dans une famille de recensement qui ont déjà été mariés
  • les familles caractérisées par l'absence d'une génération (grands-parents et petits-enfants dans le même logement, sans la présence d'un parent de la génération centrale)
  • un enfant et son parent seul (génération centrale) vivant dans un ménage à trois générations. Avant 2001, les deux générations plus âgées auraient formé une famille de recensement.

2006 : Les couples de même sexe mariés sont dénombrés pour la première fois suite à la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe au Canada en 2005.

2011 : Les couples avec enfants peuvent être considérés comme des familles intactes ou des familles recomposées.

Pour plus de renseignements sur les concepts liés à la famille de recensement, voir le Dictionnaire du Recensement de 2011, no 98-301-X au catalogue.

Au fil du temps, la proportion de familles composées d'un couple marié a diminué

Le nombre de familles de recensement au Canada (couples mariés, couples en union libre et familles monoparentales) a plus que doublé entre 1961 et 2011, passant de 4,1 millions de familles en 1961 à 9,4 millions en 2011.

En 1961, les familles comptant un couple marié représentaient 91,6 % des familles de recensement (figure 1). En 2011, cette proportion était tombée à 67,0 %, une baisse en grande partie attribuable à la croissance du nombre de couples en union libre.

Le nombre de couples mariés a augmenté de 19,7 % pendant la récente période de 30 ans, soit de 1981 à 2011; en comparaison, le nombre de couples en union libre a plus que quadruplé (+345,2 %) pendant la même période.

On a dénombré pour la première fois lors du Recensement de la population de 1981 les couples en union libre. Les unions libres représentaient alors 5,6 % de toutes les familles de recensement. Depuis, la proportion de couples en union libre a augmenté de façon constante pour atteindre, en 2011, 16,7 % de l'ensemble des familles de recensement. D'ailleurs, pour la première fois en 2011, le nombre de familles comptant un couple en union libre au pays dépassait le nombre de familles monoparentales (1 567 910 comparativement à 1 527 840).

La proportion de familles monoparentales a augmenté

En 2011, les familles monoparentales représentaient 16,3 % de toutes les familles de recensement. C'était presque le double de la proportion de 8,4 % en 1961, à une époque où avoir des enfants survenait davantage dans le mariage et où les taux de divorce étaient moins élevés (voir l'encadré 2).

Encadré 2 : Les familles canadiennes : de 1911 à 1961

Les familles de recensement d'aujourd'hui sont caractérisées par leur diversité, quoique ce fût également le cas pendant la première moitié du 20e siècle, mais pour des motifs différents.

Le veuvage et le remariage après le décès d'un conjoint étaient plus fréquents pendant les premières décennies des années 1900, époque durant laquelle les taux de mortalité maternelle, de même que les taux de mortalité chez les nourrissons, les enfants et les adultes étaient beaucoup plus élevés. De nombreux décès sont également survenus pendant les deux guerres mondiales et la guerre de Corée. En 1921, par exemple, près de 1 enfant sur 10 âgé de 14 ans et moins (8,8 %) avait perdu au moins un de ses parents. Par conséquent, les familles monoparentales étaient relativement fréquentes pendant les premières décennies du 20e siècle. Ces familles représentaient 12,2 % de toutes les familles de recensement en 1941; ce niveau était plus élevé qu'en 1961 (8,4 %), à l'apogée du baby-boom, et n'a été dépassé par la suite qu'en 1986.

Note : Pour plus de renseignements, voir A. Milan. 2000. « Les familles : 100 ans de continuité et de changement ». Tendances sociales canadiennes, no 56. No 11-008 au catalogue de Statistique Canada.

Sources : Statistique Canada, recensements de la population, 1911, 1921, 1931, 1941, 1951 et 1961.

Le ratio des familles monoparentales composées de parents seuls de sexe féminin à celles composées de parents seuls de sexe masculin est demeuré relativement constant au cours des 50 dernières années, à environ 4 pour 1. La répartition selon le sexe des parents en famille monoparentale a peu varié, mais l'état matrimonial légal des parents seuls a considérablement évolué entre 1961 et 2011 (figure 2).

En 1961, la majorité des parents seuls (61,5 %) étaient veufs; une faible proportion (2,7 %) d'entre eux déclarait n'avoir jamais été mariée. La proportion supplémentaire de 35,8 % représentait les gens divorcés ou séparésNote de bas de page 1. Au fil du temps, la proportion de parents seuls et veufs a diminué de façon constante, parallèlement à une hausse de la proportion de parents seuls et jamais mariés ou divorcés. En 2011, l'état matrimonial légal le plus courant chez les parents seuls était divorcé ou séparé (50,8 %), suivi de « jamais marié » (31,5 %) et de veuf (17,7 %). La proportion de parents seuls jamais mariés a d'ailleurs plus que décuplé en 50 ans.

La taille des familles et des ménages a diminué

La taille des familles canadiennes s'est réduite au fil du temps. Ce phénomène est en partie attribuable à la baisse de la fécondité survenue après le baby-boom et à la croissance du nombre de familles monoparentales au cours des dernières décennies. Le nombre moyen d'enfants par famille a diminué, passant de 2,7 en 1961 à 1,9 en 2011Note de bas de page 2.  Pendant la même période, le nombre moyen de personnes dénombrées par famille a diminué, pour passer de 3,9 en 1961 à 2,9 en 2011.

Bien que la taille des familles ait diminué pendant cette période, le nombre de ménages a augmenté. Pour chaque période de 5 ans entre 1961 et 2011, le nombre de ménages privés a crû plus rapidement que la population, plus particulièrement entre 1966 à 1981 (figure 3).

Les ménages sont également devenus plus petits au cours des dernières décennies. Ce phénomène s'explique en grande partie par une hausse de la proportion de ménages composés d'une ou de deux personnes, ainsi que par une proportion plus faible de ménages nombreux composés de cinq personnes ou plus. Le Recensement de 1981 était le premier où le nombre de ménages d'une personne dépassait celui des ménages de cinq personnes ou plus (figure 4).

En 2011, les ménages composés d'une personne représentaient 27,6 % de tous les ménages, ce qui constitue environ le triple de la proportion de 9,3 % observée en 1961. Pendant la même période, la proportion de ménages nombreux composés de cinq personnes ou plus a diminué, passant de 32,3 % en 1961 à 8,4 % en 2011.

Plusieurs raisons peuvent expliquer la diminution de la taille des ménages et la croissance plus rapide des ménages que de la population. La diminution de la taille des ménages peut être attribuable à la baisse de la fécondité ou encore à l'absence d'enfants dans le ménage, que ce soit parce que les membres du ménage n'ont jamais eu d'enfants, qu'ils ont eu moins d'enfants ou parce que leurs enfants ont grandi et ont quitté le domicile familial. De plus, les taux relativement élevés de séparation et de divorce peuvent contribuer à multiplier le nombre de ménages puisque deux ménages de plus petite taille peuvent être créés à la suite de l'éclatement d'un couple.

Une plus forte proportion de personnes ne font pas partie d'une famille de recensement

La proportion de personnes vivant à l'extérieur d'une famille de recensement (y compris les personnes vivant seules, vivant avec des personnes apparentées ou vivant avec des personnes non apparentées seulement) a augmenté pendant la période de 50 ans entre 1961 et 2011. En 1961, 8,6 % de la population vivant en ménages privés ne vivait pas dans une famille de recensement. En 2011, cette proportion avait augmenté à 17,1 %. Durant cette période, la majorité des gens qui ne vivaient pas dans une famille de recensement vivaient seulsNote de bas de page 3.  De plus faibles proportions de gens vivaient avec des personnes apparentées ou non apparentées. Au fil du temps, la prévalence des personnes vivant seules a augmenté de façon constante dans la population âgée de 15 ans et plus, passant de 3,5 % en 1961 à 13,5 % en 2011, une situation en partie liée au vieillissement de la population.

Note aux lecteurs

Arrondissement aléatoire et répartitions en pourcentage : Afin de protéger le caractère confidentiel des renseignements recueillis lors du Recensement de 2011 tout en maintenant la qualité des résultats, on applique une méthode aux données qui consiste à arrondir de façon aléatoire les valeurs présentées dans les cellules individuelles. Par conséquent, lorsque ces données sont totalisées ou regroupées, la valeur totale peut ne pas correspondre à la somme des valeurs individuelles, étant donné que le total et les totaux partiels sont arrondis séparément. De même, la somme des répartitions en pourcentage, qui sont calculées à partir de données arrondies, ne correspond pas nécessairement à 100 %.

En raison de l'arrondissement aléatoire, les chiffres et les pourcentages peuvent varier légèrement d'un produit de recensement à un autre, comme le document analytique, les faits saillants en tableaux et les tableaux thématiques.

Renseignements supplémentaires

Des renseignements supplémentaires sur des régions particulières se trouvent dans les Faits saillants en tableaux, no 98‑312-X2011002 au catalogue, tableaux thématiques, nos 98-312-X2011017 à 98‑312‑X2011046, ainsi que dans le nouveau produit du recensement Série « Perspective géographique », no 98-310-X2011004 au catalogue.

Remerciements

Le présent rapport a été rédigé par Anne Milan et Nora Bohnert, de la Division de la démographie de Statistique Canada, avec la collaboration des membres du personnel du Secrétariat des domaines spécialisés du recensement, de la Division de la géographie, de la Division des opérations du recensement, de la Division de la diffusion et de la Division des communications de Statistique Canada.

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