Les langues immigrantes au Canada

Le Recensement de la population de 2011 a permis de dénombrer au-delà de 200 langues maternelles ou langues d'usage à la maison. Parmi ces langues, on distingue les deux langues officielles du pays (le français et l'anglais), les langues autochtones et les langues immigrantes, c'est-à-dire celles issues des vagues migratoires internationales qu'a connues le Canada au fil des sièclesNote de bas de page 1.

Le terme « langue maternelle » désigne la première langue apprise dans l'enfance et encore comprise au moment du recensement. Les langues immigrantes sont originaires de tous les continents et appartiennent à des familles linguistiques diversifiées. En 2011, elles constituaient la langue maternelle de plus de 6,8 millions de personnes, soit 20,6 % de la population canadienneNote de bas de page 2.

Plus de 40 % de la population ayant une langue maternelle immigrante est d'origine européenne, alors que les personnes dont la langue maternelle est l'une des diverses langues asiatiques composaient 56 % de la population de langue immigrante au Canada.   

Les langues immigrantes se répartissent entre 23 grandes familles linguistiques

Le Recensement de la population de 2011 a permis d'identifier 23 grandes familles linguistiques dont l'effectif est suffisamment important pour faire l'objet d'une diffusion (tableau 1). Trois familles de langues maternelles immigrantes comptaient plus d'un million de personnes : les langues romanes, les langues indo-iraniennes et les langues chinoises.

La famille romane comprend deux langues dont la population dépasse 400 000 personnes, soit l'italien et l'espagnol (figure 1). Les langues indo-iraniennes comprennent, entre autres, le persan, principalement parlé en Iran, dont l'effectif est de 177 000 personnes. Elles comprennent également plusieurs langues du sous-continent indien, dont le pendjabi (460 000) — principale langue immigrante déclarée au Canada — l'ourdou (194 000), ainsi que l'hindi et le gujarati, toutes deux comptant chacune un effectif d'un peu plus de 100 000 personnes.

La famille chinoise se distribue principalement entre trois grandes langues : le cantonais, déclaré par 389 000 personnes au recensement, le mandarin (255 000) et le chinois, n.d.a.Note de bas de page 3 ( 441 000). À noter que la catégorie « chinois, n.d.a. » est constituée en grande partie des personnes ayant déclaré « chinois » à la question portant sur la langue maternelle lors du recensement, sans autre spécification. Il peut donc s'agir de personnes ayant le mandarin, le cantonais ou toute autre langue chinoiseNote de bas de page 4 comme langue maternelle.

Encadré : Langue chinoise, langues chinoises

Traditionnellement, par exemple en 1991 et 1996, les données diffusées par Statistique Canada ne faisaient pas de distinction entre les différentes langues chinoises. On ne disposait que d'une catégorie : « chinois ».

En 2001, la classification des langues a été élargie afin d'inclure plus de détails sur trois langues chinoises (mandarin, cantonais et hakka) et une catégorie générale nommée « chinois, n.d.a. » (non déclaré ailleurs). En 2006, la classification fut une fois de plus élargie pour inclure quatre autres langues chinoises (le taïwanais, le chaochow, le fou-kien et le shanghaïen). Cette classification des langues, qui comprend huit catégories, a été maintenue pour le Recensement de 2011.

Les spécialistes reconnaissent généralement une dizaine de langues chinoises parlées en Chine. En général, les locuteurs de ces langues ne se comprennent pas nécessairement entre eux. Par exemple, le mandarin et le cantonais sont des langues aussi différentes l'une de l'autre que peuvent l'être le français et l'espagnol. Les spécialistes désignent souvent ces langues comme des « dialectes », mais il s'agit vraiment de langues distinctes. Le cantonais et l'hakka, qui sont parlés dans le sud de la Chine, sont les langues les plus différentes des autres langues chinoises1.

De plus, les Chinois de Chine se désignent eux-mêmes comme des Han (nationalité han), et le terme « chinois han » est utilisé pour décrire la famille des langues chinoises.

Pour le Recensement de 2011, Statistique Canada publie les données portant sur les langues chinoises prises individuellement afin de distinguer, par exemple, le cantonais du mandarin. L'information au sujet de l'ensemble des langues chinoises demeure toutefois pertinente.

  1. GORDON, Raymond G. (sous la direction de). 2005. Ethnologue. Languages of the World, 15e édition, Dallas, SIL International, 1273 p.

    COMRIE, Bernard, Stephen MATTHEWS et Maria POLINSKY. 2003. The Atlas of Languages: The Origin and Development of Languages Throughout the World, éd. révisée, London, Quarto Inc., Facts On File Inc., 224 p.

    CRYSTAL, David. 1987. The Cambridge Encyclopedia of Language, Cambridge, Cambridge University Press, 472 p.

Quatre familles linguistiques comptent une population dont l'effectif se situe entre 400 000 et un million de personnes : les langues slaves, les langues germaniques, les langues sémitiques et les langues malayo‑polynésiennes. Parmi les langues sémitiques, la population dont l'arabe est la langue maternelle compte 374 000 personnes. La principale langue malayo-polynésienne est le tagalog, langue originaire des Philippines déclarée par 384 000 personnes.

Les autres grandes familles linguistiques dont les effectifs se situent entre 100 000 et 400 000 sont les langues austro-asiatiques, les langues dravidiennes, le coréen et le grec. Le tamoul est la principale langue dravidienne, ayant une population de 143 000, tandis que le vietnamien représente la langue austro-asiatique comptant la population la plus nombreuse au Canada, soit 153 000 personnes.

Certaines familles sont constituées d'une seule langue. De ce groupe, le coréen et le grec comptent respectivement 143 000 et 118 000 personnes.

Vingt-deux langues maternelles immigrantes comptent plus de 100 000 personnes 

Au total, 22 langues maternelles immigrantes comptent plus de 100 000 personnes au Canada : neuf d'entre elles sont des langues d'origine européenne, tandis que les 13 autres sont d'origine asiatique (figure 1). Aucune de ces 22 langues ne provient d'Afrique subsaharienne. Parmi les langues européennes, trois ont une population supérieure à 400 000 personnes : l'espagnol (439 000), l'italien (438 000) et l'allemand (430 000). Les deux langues asiatiques qui comptent le plus de personnes dont elles sont la langue maternelle sont le pendjabi (460 000) et le chinois, n.d.a. (441 000).

Trois langues maternelles immigrantes comprennent entre 350 000 et 400 000 personnes : le cantonais (389 000), le tagalog (384 000) et l'arabe (374 000).

Une autre langue chinoise, le mandarin, compte un effectif de 255 000 personnes, tandis que la population de langue maternelle portugaise, principalement en provenance du PortugalNote de bas de page 5, s'établit à 226 000. Le nombre de personnes dont le polonais est la langue maternelle s'établit à environ 201 000.

Tous les autres groupes de langue maternelle comptent des effectifs inférieurs à 200 000 personnes.

La population dont la langue maternelle est le cantonais ou le mandarin est sous-estimée en raison d'un grand nombre de personnes qui déclarent simplement le « chinois » à la question sur la langue maternelle, sans préciser s'il s'agit du mandarin, du cantonais ou d'une autre langue chinoise. Si l'on connaissait plus précisément la langue des personnes ayant déclaré le « chinois », il est possible que le mandarin ou le cantonais, voire les deux, surpasseraient le pendjabi comme première langue maternelle immigrante au CanadaNote de bas de page 6.

La rétention des langues : de nombreuses personnes ayant une langue immigrante comme langue maternelle la parlent aussi à la maison

On utilise le terme « rétention » pour désigner le phénomène selon lequel les personnes ayant une langue maternelle immigrante donnée parlent cette langue à la maison. Cette rétention est dite « complète » lorsque cette langue est parlée le plus souvent, et « partielle » lorsqu'elle est parlée régulièrement, bien qu'elle ne soit pas la principale langue d'usage à la maisonNote de bas de page 7.

La notion de « taux de rétention (complète ou partielle) » désigne quant à elle la proportion de la population d'une langue maternelle donnée qui parle cette langue à la maison, le plus souvent ou régulièrement. Le taux de rétention fournit une indication de la vitalité linguistique des divers groupes.

Le taux de rétention des langues immigrantes varie assez peu chez la plupart des groupes de langue maternelle dont l'effectif est de 100 000 personnes ou plus (figure 2). Dix groupes de langue maternelle présentent un taux de rétention complète égal ou supérieur à 70 %, dont trois affichant un taux supérieur à 80 %, soit le pendjabi, le tamoul et le mandarin. Dans la majorité des cas, la principale langue parlée à la maison est donc la langue maternelle. Si l'on inclut la rétention partielle de la langue maternelle, 16 groupes linguistiques ont un taux de rétention égal ou supérieur à 80 %.

En raison de l'utilisation du français ou de l'anglais comme principale langue parlée à la maison, certains groupes de langue maternelle immigrante affichent des taux de rétention complète de leur langue inférieurs à 60 %. Ainsi, quatre des 22 groupes de langue maternelle comptant plus de 100 000 personnes utilisent le français ou l'anglais comme principale langue parlée à la maison dans une proportion égale ou supérieure à  50 %. Il s'agit de groupes linguistiques d'immigration plus ancienne, soit   l'italien, l'allemand, l'ukrainien et le néerlandais. Chez ces deux derniers groupes en particulier, moins de 30 % d'entre eux parlent leur langue maternelle le plus souvent à la maison.

Renseignements supplémentaires

Des renseignements supplémentaires sur la langue à divers échelons géographiques se trouvent dans les Faits saillants en tableaux, no 98‑314-X2011002 au catalogue, Tableaux thématiques, nos 98-314-X2011016 à 98‑314‑X2011045, et nos 98-314-X2011048 à 98‑314‑X2011050 au catalogue, le Profil du recensement, no 98-316-X au catalogue, ainsi que dans le nouveau produit du recensement Série « Perspective géographique », no 98-310-X2011004 au catalogue.

Note aux lecteurs

Arrondissement aléatoire et répartitions en pourcentage : Afin de protéger le caractère confidentiel des renseignements recueillis lors du Recensement de 2011 tout en maintenant la qualité des résultats, on applique une méthode qui consiste à arrondir de façon aléatoire les valeurs présentées dans les cellules individuelles. Par conséquent, lorsque ces données sont totalisées ou regroupées, la valeur totale peut ne pas correspondre à la somme des valeurs individuelles, étant donné que le total et les totaux partiels sont arrondis séparément. De même, la somme des répartitions en pourcentage, qui sont calculées à partir de données arrondies, ne correspond pas nécessairement à 100 %.

En raison de l'arrondissement aléatoire, les chiffres et les pourcentages peuvent varier légèrement d'un produit du recensement à un autre, comme le document analytique, les faits saillants en tableaux et les tableaux thématiques.

Remerciements

Le présent rapport a été rédigé par René Houle, de la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada, avec la collaboration des membres du personnel du Secrétariat des domaines spécialisés du recensement, de la Division de la statistique sociale et autochtone, de la Division des opérations du recensement, de la Division de la diffusion et de la Division des communications de Statistique Canada.

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